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Daniel Sparza : « Biarritz m’a saisi, j’y prépare mon port d’attache »

16 mai 2026 icibiarritz 15 min de lecture

Propos recueillis par Marc Lestang pour ICI Biarritz

Discret par nature, plus habitué des coulisses que de la lumière, Daniel Sparza a pourtant accepté de répondre à notre demande d’entretien. Conseiller politique au parcours français et international après une longue carrière au sein d’institutions politiques locales, nationales et internationales, racines familiales en Navarre, il a dirigé la campagne d’une des grandes listes des dernières municipales biarrotes, et il y a trouvé bien plus qu’un terrain de mission, ayant décidé de s’impliquer personnellement par conviction. Un territoire, une équipe, peut-être une base pour la suite. Il partage désormais son temps entre Paris et la Côte Basque, où il bâtit pas à pas l’implantation de son groupe, YES Partner, avec l’appui d’une équipe et de compétences basques. Entretien.

Avant-propos

On le croise peu. Et quand c’est le cas, c’est rarement au premier plan.

Le patronyme dit pourtant déjà quelque chose à toute oreille basque attentive : Sparza, variante d’Esparza, toponyme de Navarre. C’est sans doute pour cela que Daniel Sparza, conseiller en stratégie politique au parcours français, européen et international, a si vite trouvé ses marques sur la Côte Basque. On l’a d’abord aperçu en coulisses, casque de campagne vissé sur la tête, à orchestrer meetings, argumentaires et tournages dans les quartiers de Biarritz. Sans jamais chercher à apparaître.

Quelques mois plus tard, il est toujours là, non plus en campagne militante, mais en projet d’enracinement. Le fondateur de « YES Partner Public Affairs », conseil en stratégie politique, communication d’influence et accompagnement d’opérations complexes, conquis par Biarritz, fait le choix assumé de la Côte Basque comme deuxième base, avec l’ambition d’en faire, à terme, son port d’attache opérationnel.

Il nous reçoit entre deux TGV, lucide sur l’état du pays, attaché au tempo basque, et persuadé qu’il y a, ici, « une histoire politique et économique à écrire à voix haute, sans complexe ». L’exercice de l’entretien, lui, le reconnaît inhabituel.

Mon métier, c’est plutôt d’écouter et de conseiller. Pas de parler.

L’entretien

ML — Daniel Sparza, vous arrivez d’un univers que les Biarrots connaissent peu : celui des conseillers politiques qui travaillent dans l’ombre des campagnes des élus et des dirigeants. Comment définissez-vous votre métier ?

D.S. — Mon métier, issu de mon long parcours en cabinets et dans de nombreuses entreprises nationales, consiste à transformer une intuition politique en trajectoire gagnante. Cela passe par trois choses : comprendre profondément un territoire ou un marché, structurer un récit qui rassemble, et organiser les moyens humains, médiatiques, opérationnels pour que ce récit se traduise en résultats. J’ai exercé ce métier en France, en Europe et sur plusieurs scènes internationales, pour des candidats, des élus, des dirigeants d’entreprise, et parfois des institutions. Le dénominateur commun, c’est toujours la même question : qu’est-ce qui fait, à un moment donné, qu’un projet collectif passe le seuil de la crédibilité ?

Quinze ans qu’il accompagne ainsi élus, dirigeants et organisations, en France comme à l’étranger, tout en restant actif dans l’univers des cabinets politiques. Toujours selon les mêmes règles : discrétion, proximité, complicité. Difficile à résumer en une formule, son activité se tient à la frontière de plusieurs mondes : politique, économique, institutionnel.

J’interviens essentiellement quand il faut conseiller, organiser, structurer, clarifier, déminer parfois, mais aussi remettre en ordre des choses qui ne le sont plus dans le cadre de restructurations.

ML — Vous avez dirigé la campagne d’une des grandes listes lors des dernières municipales à Biarritz. Que retenez-vous de cette expérience ?

D.S. — Ce fut volontairement une direction de campagne partagée, car il était important qu’un second directeur de campagne, enraciné dans cette terre basque, habitué au monde politique local, apporte son éclairage et son expérience du terrain ; ce partage en binôme avec Francis Courouau et cette collaboration se sont avérés très efficaces. Je retiens d’abord la maturité politique des Biarrots, qui en fait presque un cas d’école. Ici, on ne vote pas par paresse ni par habitude. Les Biarrots lisent les programmes, croisent les sources, comparent. C’est exigeant pour un stratège et profondément sain pour la démocratie. Je retiens ensuite la singularité du tissu local : Biarritz n’est pas une station, comme on veut souvent la caricaturer, c’est une ville, une vraie, avec ses quartiers, ses générations, ses fractures. Trop d’observateurs parisiens, par totale méconnaissance, la résument à sa carte postale. Je retiens enfin que les sujets qui ont structuré la campagne — logement, pression touristique, transition économique, avenir du Pays Basque qui se questionne — s’imposeront à toutes les équipes municipales pour la décennie qui vient.

Il marque une pause. Quelque chose, dans cette campagne, l’a manifestement marqué — et l’on sent qu’il pèse ses mots avant d’y revenir.

« Ce fut, dès le début, un engagement personnel, né du hasard heureux d’une rencontre, avec la complicité d’un ami biarrot qui connaissait mes intentions de m’impliquer dans cette ville que j’aimais et que je connaissais déjà depuis quelques années. Rencontre révélatrice avec un candidat de talent Jean-Baptiste Dussaussois Larralde, promis à un grand avenir politique, que j’ai choisi désormais d’accompagner et avec qui je partage beaucoup de valeurs et de complicité. Et rencontre, également, avec une équipe assez rare dans une campagne : des Biarrots sincères, engagés, avec Biarritz chevillé au corps, très loin de toute logique d’intérêt personnel — trop souvent le cas — et qui composent désormais ma famille de cœur. »

Ce sont eux qui m’ont fait rester. Et, d’une certaine manière, qui m’ont adopté.

ML — Votre nom, Sparza, sonne basque. Quelle est votre histoire familiale avec ce territoire ?

D.S. — Le patronyme vient de Navarre. C’est une racine ancienne, transmise sans tambour ni trompette, comme souvent dans ces familles où l’on parlait peu mais où l’on savait d’où l’on venait. Je ne me revendique ni euskaldun ni « pur Basque » ce serait malhonnête, je ne parle pas la langue. Mais il y a un héritage civilisationnel que je porte inconsciemment : un certain rapport au travail, à la parole donnée, au collectif, à la discrétion aussi. Ce sont des valeurs transmises pour partie par mon père, dont je tiens cette filiation, que je retrouve ici, à Biarritz, et qui me rendent ce territoire familier sans que j’aie eu besoin de l’apprendre.

« Une racine ancienne, transmise sans tambour ni trompette. »

ML — On vous a parfois présenté comme un « Parisien venu faire campagne ». Cette racine navarraise change-t-elle votre lecture du Pays Basque ?

D.S. — Paris m’a accueilli à une époque de ma vie comme le Pays Basque le fait aujourd’hui ; est-ce que cela fait de moi pour autant un Parisien ? Je n’en suis pas certain. En revanche, cette racine navarraise me retient surtout d’un travers fréquent chez les consultants venus de Paris : projeter sur le Pays Basque des grilles d’analyse hexagonales. Quand on a des origines de Navarre, on sait que ce territoire n’est pas une périphérie, c’est un centre, avec sa profondeur historique, ses circuits économiques propres, son rapport au transfrontalier et à l’Europe qui n’est pas un supplément d’âme mais une réalité quotidienne. Cela m’évite la condescendance, qui est le pire défaut de mon métier. Maintenant, je n’instrumentalise pas cette racine. Mon implication dans cette récente campagne, je le redis, relève d’une amitié et d’une vraie conviction militante, au même titre et dans les mêmes conditions que celle de chacun des membres de la merveilleuse équipe dans laquelle je me suis fondu. Mais pour qu’on me fasse confiance ici, il fallait que je le dise clairement, une bonne fois. Même si cet exercice rompt avec ma traditionnelle réserve, c’est aussi une des raisons qui me conduit à accepter à votre demande d’entretien.

Dans un territoire où l’appartenance se construit dans le temps, la prudence n’est pas un effet de manche. Daniel Sparza n’en fait pas un argument, et avec beaucoup d’humilité reconnaît qu’il se nourrit quotidiennement de l’apport de l’équipe dans sa richesse et sa diversité.

Je reste à ma place. Je me nourris quotidiennement de l’apport de l’équipe.

ML — Comment analysez-vous, politiquement, le moment que traverse Biarritz ?

D.S. — Biarritz est à un tournant. La ville bénéficie d’une attractivité exceptionnelle, et c’est une très belle ville que l’on aime, mais cette attractivité est devenue, en partie, son problème. Quand le prix du mètre carré déconnecte les actifs locaux du marché, quand les commerces de proximité cèdent au monoproduit touristique, quand les jeunes diplômés du Pays basque finissent par travailler à Bordeaux ou à Toulouse parce qu’ils ne trouvent ni logement ni mission ici — vous avez là réunis les ingrédients d’un délitement silencieux. La réponse n’est pas idéologique, elle est opérationnelle : il faut une politique du logement assumée, une diversification économique courageuse, et une coordination plus forte entre la ville, l’agglomération et la région.

ML — Votre regard sur l’économie basque, au-delà du tourisme ?

D.S. — Le Pays basque dispose d’atouts qu’on sous-estime largement à Paris : un tissu industriel solide à l’intérieur des terres, des filières d’excellence dans l’aéronautique, le surf-business, l’agroalimentaire de qualité, et une capacité d’innovation portée par des entrepreneurs profondément attachés à leur territoire. Ajoutez à cela la profondeur du marché ibérique à une heure de route, et vous avez un avantage compétitif que peu de régions françaises peuvent revendiquer. Le défi n’est pas de créer une économie ex nihilo, il est de mieux relier ce qui existe : capital, formation, recherche, marché. C’est exactement le type de chaînes de valeur qu’il me plaît d’aborder.

ML — Sur les grands débats institutionnels — Collectivité à statut particulier, euro-région basque, approfondissement de la décentralisation — où vous situez-vous ?

D.S. — Pardonnez-moi cette franchise : ce n’est pas à moi d’en parler publiquement. Je ne suis pas élu et je n’ai pas envie d’utiliser cette racine familiale pour me donner une légitimité institutionnelle que je n’ai pas. Ces débats appartiennent aux Basques eux-mêmes, à leurs élus, à leurs militants, à leurs citoyens. Mon rôle, comme conseil, est plutôt de m’occuper de ce qui fonctionne déjà : les chaînes de valeur économique, la qualité de la communication publique, la lisibilité des projets. Mon analyse, mes conseils restent du ressort privé dans le cadre de mes activités. Je tiens à ne pas le confondre avec une position publique. La discrétion, ici aussi, est une valeur basque.

ML — Pourquoi avoir choisi Biarritz pour l’extension de votre activité, et non un hub plus évident comme Bordeaux ou Bayonne ?

D.S. — Bordeaux est une grande métropole, parfaite pour qui cherche le volume, ce qui n’est pas mon cas. Biarritz, et plus largement le BAB, offre quelque chose de plus rare : une scène internationale à taille humaine. On y croise, dans la même semaine, des dirigeants espagnols, des fonds américains, des élus parisiens en déplacement, des entrepreneurs locaux qui pèsent réellement. C’est un écosystème d’influence dense, sans la distance hiérarchique de la capitale. Pour un cabinet qui travaille à l’intersection du politique, de l’économique et de l’institutionnel, c’est un terrain idéal. Pour un homme qui s’est pris de passion pour Biarritz, c’est essentiel. Et la proximité de l’Espagne, pour qui a des attaches avec la Navarre, n’est pas un détail.

Il faut, ici, descendre d’un cran. Sortir un instant du métier. Daniel Sparza s’est installé au bord de l’océan, et il ne s’en cache pas — c’est aussi pour cela qu’il est resté nous a-t-il confié.

« La mer est ma passion, c’est la première chose que je vois le matin et c’est un bonheur chaque jour renouvelé. » Il sourit. Certains de mes ancêtres navigateurs m’ont laissé quelques traces « Il est bon parfois d’être proche de la mer, c’est un bon rappel. Parfois calme, parfois agitée, imprévisible, mais toujours là. » Une image qu’il rapproche, presque naturellement, du monde politique : « Douce, accueillante, parfois démontée, parfois tempétueuse… mais toujours belle. »

« La mer est ma passion. »

Une manière, fidèle à son style, de dire les choses sans les surjouer.

ML — Concrètement, comment s’organise YES Partner entre Paris et Biarritz ?

D.S. — Aujourd’hui, je continue d’opérer mes missions françaises et internationales depuis Paris, parce que c’est là que se trouvent une partie de nos clients et de nos partenaires. Mais nous avons commencé à structurer une équipe locale ici, avec notamment l’arrivée de Caroline Labenne à la communication, dont j’ai apprécié les compétences au cours de cette campagne. Caroline apporte une connaissance fine du tissu basque, une capacité éditoriale précieuse et un réseau qu’aucun consultant parisien ne peut prétendre reproduire. À terme, l’objectif est clair : faire du Pays basque la base opérationnelle de YES Partner. Je continuerai à porter nos missions à Paris, à Bruxelles et à l’étranger, mais le centre de gravité du cabinet aura basculé progressivement ici.

Pas d’annonce tonitruante, pas d’effet de communication. Une logique d’ancrage discret, fidèle à sa méthode.

Si vous voulez être utile ici, vous devez travailler avec des gens d’ici.

ML — Vous assumez donc un parti pris territorial dans un métier souvent critiqué pour son hors-sol parisien ?

D.S. — Oui, et je crois que c’est une force, pas une faiblesse. Les meilleures stratégies politiques et économiques que j’ai vues fonctionner étaient toujours adossées à un territoire réel, avec ses gens, ses contraintes, ses imaginaires. Travailler depuis Biarritz, c’est se forcer à garder les pieds dans le réel. Et puis, soyons honnête : la concentration parisienne du conseil en stratégie est un appauvrissement collectif. Si quelques cabinets décident de s’installer durablement dans nos régions, le pays s’en portera mieux.

ML — Sur la place des consultants dans la démocratie locale, justement : que répondez-vous à ceux qui voient en vous, et en vos confrères, des « technocrates de l’ombre » ?

D.S. — Je réponds que le métier doit s’expliquer. Un conseiller en stratégie politique n’écrit pas le programme à la place du candidat, il ne définit pas une stratégie d’entreprise à la place de son dirigeant ; tout comme auprès des élus et des dirigeants, il aide à clarifier des choix, à hiérarchiser des priorités, à éviter les erreurs grossières et les pièges. Le danger n’est pas l’expertise, c’est l’opacité. Pour ma part, je suis favorable à plus de transparence sur qui conseille qui, à quel titre, et pour quel coût. C’est une exigence démocratique, et je crois que la profession y a tout à gagner.

ML — Trois mots pour conclure : votre vision pour Biarritz et le Pays basque à cinq ans ?

D.S. — Souverains, ouverts, lucides. Souverains, parce qu’un territoire qui ne maîtrise plus son foncier, son énergie et sa main-d’œuvre n’est plus libre de son destin. Ouverts, parce que l’isolement est toujours un piège, et que la vocation transfrontalière du Pays basque est un atout immense. Lucides, parce que nous n’aurons pas le luxe de l’à-peu-près face aux défis climatiques, démographiques et géopolitiques qui s’annoncent. Si je peux y contribuer modestement, depuis ce coin du littoral où une partie de mes racines navarraises trouve enfin une adresse fixe, j’aurai fait ma part.

Après-propos

L’entretien touche à sa fin. L’homme, lui, semble déjà prêt à retourner à la discrétion. Mais avant de refermer la parenthèse, il précise ce qui, au fond, guide véritablement ses choix.

Toute ma vie, j’ai toujours choisi les personnes avant les structures. Les projets avant les étiquettes. On travaille bien quand on sait pourquoi — et surtout avec qui.

Biarritz, dans cette logique, n’est pas un point d’arrivée mais un point d’ancrage. « C’est un endroit où l’on peut se poser… et repartir. Aujourd’hui, on peut rejoindre le monde entier depuis ici. » Une base, donc. Mais une base choisie.

« Une base, donc. Mais une base choisie. »

Qui est Daniel Sparza ?

Spécialiste en stratégie et organisation politique et conseiller rapproché d’élus et de dirigeants, Daniel Sparza a construit son expérience entre Paris, Bruxelles et plusieurs capitales étrangères, intervenant aussi bien sur des structurations et restructurations politiques profondes, des campagnes électorales, que sur des opérations d’influence économique et institutionnelle. Il revendique un attachement au Pays Basque sur le mode civilisationnel — l’éthique du travail, la parole donnée, le sens du collectif et de la discrétion.

Fondateur du cabinet YES Partner, il met aujourd’hui son expérience et son expertise au service d’élus, d’entrepreneurs et d’institutions. Directeur de la campagne d’une des principales listes lors des dernières élections municipales à Biarritz, il a fait de la Côte Basque sa seconde base et prépare, à moyen terme, l’implantation de son siège opérationnel dans le Pays Basque. L’équipe locale s’étoffera progressivement, les intervenants de YES Partner ayant par nature dans leurs gènes la mobilité.

Daniel Sparza partage désormais sa semaine entre la capitale et Biarritz — une géographie qui, dit-il, « ressemble à ce que doit être un cabinet de conseil en affaires publiques (public affairs) : enraciné quelque part, utile partout ».

Une approche fondée, en résumé, sur la confidentialité, la méthode, l’efficacité — et surtout, comme nous avons pu le constater tout au long de cet entretien, sur la passion qui l’anime.

Propos recueillis pour ICI Biarritz.

Marc Lestang

Documentation

Site internet YES PARTNER : https://yespartner.fr

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